SIS ailleurs dans le monde

Les sites d'injection supervisés (SIS) sont des établissements de santé contrôlés où les consommateurs de drogue peuvent sous surveillance s'injecter la drogue illicite qu'ils se sont procuré personnellement et recevoir des soins médicaux, être conseillés et orientés vers des services sociaux, de santé et de traitement de la toxicomanie.

Les SIS ont été établis dans des villes où la consommation de stupéfiants est suffisamment ouverte et où de nombreux consommateurs de drogue se réunissent et les injections se font en public. Il en existe à présent 70 dans six pays d'Europe, à Sydney (Australie) et dans la partie est du centre-ville (Downtown Eastside) de Vancouver. 

Ce sont très souvent des services "à seuil bas" (de première ligne), les règles d'entrée et les restrictions y étant très minimales et leurs objectifs visent à la fois la santé publique et l'ordre public.*

Le site INSITE à Vancouver

Établi en 2003, le SIS de Vancouver, INSITE, dessert les consommateurs de drogues injectables qui vivent dans le quartier Downtown Eastside (DTE) ou qui le fréquentent. Ce quartier est l'un des plus pauvres d'Amérique du Nord et selon ses habitants, il est très malfamé. Les logements y sont en grande majorité de petits appartements peu agréables pour une personne. L'auto-injection en public, le trafic de stupéfiants en plein jour et la prostitution y sont courants. Des graffiti couvrent de nombreux bâtiments et les ruelles sont souvent utilisées pour jeter aiguilles et préservatifs. 

Santé Canada estime qu'en 2000, le nombre de consommateurs de drogues injectables (CDI) vivant dans le Downtown Eastside était d'environ 4700 et 12 000 dans le Vancouver métropolitain. Les taux de prévalence des infections par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) et le virus de l'hépatite C (VHC) sont parmi les plus élevés chez les consommateurs de drogues injectables au Canada (17 % - 31 % et 63 % - 92 % respectivement) et des taux élevés de recours aux soins primaires et aux salles d'urgence y ont été signalés.

Santé Canada a estimé que les consommateurs de drogues injectables se font environ, par jour, six injections de cocaïne et quatre d'héroïne. Le prix courant de cette utilisation est estimé à environ 100 $ par jour, soit 35 000 $ par an. Peu de ces consommateurs ont des revenus suffisants pour financer leur dépendance avec leur emploi. Quelques-uns, des femmes surtout, se prostituent pour obtenir cet argent ; d'autres pratiquent le vol, le vol avec effraction, le vol automobile. S'il s'agit de vol de biens plutôt que de l'argent liquide, on a estimé qu'il faut voler près de 350 000 $ de biens par an pour obtenir 35 000 $ en espèces. D'autres encore vendent de la drogue pour se procurer l'argent dont ils ont besoin.

INSITE est l'un des "quatre piliers" de la démarche de Vancouver en matière de stupéfiants, qui comprend la prévention, le traitement, la réduction du préjudice et l'application de la loi. À l'instar des SIS dans d'autres pays, INSITE vise des objectifs de santé publique et d'ordre public qui sont conformes aux objectifs plus vastes de réduction du préjudice, de traitement et d'application de la loi. INSITE n'a pas toutefois d'objectif de prévention précis. Voici ses objectifs déclarés :

  • accroître l'accès aux soins de santé et à ceux de la toxicomanie,
  • réduire les décès par surdose,
  • réduire la transmission des infections virales transmissibles par le sang, comme le VIH et l'hépatite C,
  • réduire d'autres infections liées aux injections, les abcès de la peau par exemple,
  • améliorer l'ordre public.

* tiré de INSITE de Vancouver et autres sites d'injection supervisés : Observations tirées de la recherche - Rapport final du Comité consultatif d'experts sur la recherche sur les sites d'injection supervisés [Santé Canada, 2008]

Les «Gebruiksruimten» aux Pays-Bas

On dénombre une quarantaine de ces «espaces de consommation» («Gebruiksruimten»), qui sont localisés sur certaines zones précises, sur décision des municipalités, de façon à ce que le risque de trouble à l’ordre public local soit minimal. La proximité avec les établissements scolaires est notamment évitée et généralement, du personnel municipal de sécurité est affecté à la surveillance de ces structures. Selon le ministère de la Santé, la fréquentation moyenne et quotidienne est de 40 personnes par centre. On peut donc évaluer à environ 1600 par jour le nombre d’utilisateurs au plan national.

Les «narcolasas» en Espagne

En Espagne, le domaine de la santé est un domaine entièrement transféré aux Communautés autonomes, et le ministère de la Santé n’a par conséquent à ce sujet aucune compétence. Ainsi, en vertu de la loi générale sanitaire espagnole de 1986, ce sont les Communautés Autonomes qui sont exclusivement compétentes pour réglementer en la matière. Cela signifie qu’il n’y a pas en la matière en Espagne de législation nationale ayant autorisé la création des «narcolasas», chaque communauté autonome a pu prendre des dispositions règlementaires qui lui semblaient pertinentes. A ce jour, trois communautés autonomes ont autorisé la création de tels centres : la Catalogne, Madrid et le Pays Basque, ce qui représente un total de 6 salles, pour l’ensemble du pays. Chaque salle reçoit en moyenne 7 000 usagers par an.

A Barcelone spécifiquement, il y en a cinq. Un bus de consommation est également en circulation. 

Les «SCMR» en France

Après la loi du 26 janvier 2016 relative à la modernisation du système de santé, les salles de consommation à moindre risque ont enfin vu le jour en France à Paris et Strasbourg, et bientôt à Bordeaux.

Le 16 octobre 2016, une première salle ouvre à Paris près de la Gare du Nord, à l’hôpital Lariboisière. 2800 usagers de drogues y sont suivis chaque année. Ce lieu est proche de Barbès, où de nombreux usagers consomment des sulfates de morphine dans des conditions très précaires. Le quartier de la Gare du Nord est la «scène de consommation» la plus importante de la capitale.

Entre 110 à 120 usagers fréquentent désormais chaque jour la salle de consommation à moindre risque, située dans un bâtiment de l’hôpital Lariboisière, annonçait la Ville de Paris le 17 novembre**, un mois jour pour jour après le début de l’expérimentation. Soit environ 150 passages au cours des sept heures d’ouverture quotidiennes du site, de 13 h 30 à 20 h 30.  Six usagers sur dix sont des « injecteurs », essentiellement de Subutex, un produit de substitution, ou de Skénan, un médicament à base de morphine. Ils disposent de vingt minutes pour s’injecter le produit qu’ils apportent, avec une seringue propre et sous le contrôle d’un membre de l’équipe sur place. A l’issue du parcours, l’usager de la salle peut s’arrêter dans une salle de repos ou demander à bénéficier d’un accompagnement médical et social. 

Gérée par l’association Gaïa-Paris, elle garantit aux usagers de drogue l’accès à un espace de consommation sécurisé, ainsi qu’à un accompagnement médical et social spécialisé. Infirmiers, éducateurs, médecins, assistants sociaux... Les lieux bénéficient d'une équipe dédiée de professionnels.***

Après l’ouverture de la salle parisienne, c’est au tour de Strasbourg d'ouvrir sa salle de consommation le 7 novembre 2016. Le projet est lancé pour une durée expérimentale de 6 ans. Proche du centre ville, la salle se trouve au nouvel hôpital civil (NHC), son entrée est discrète et se fait indépendamment de celle de l’hôpital, par une petite porte qui longe les quais.

D’autres villes devraient également emboiter le pas ces prochains mois comme Bordeaux, dont l'ouverture est prévue fin 2017, début 2018. Et un lieu, l’hôpital Saint-André situé en centre-ville. 

**   Première « salle de shoot » : un mois après l’ouverture, 110 à 120 usagers par jour. [Le Monde, 2016]
*** Premier bilan positif pour la salle de consommation à moindre risque [Le Ville de Paris, 22 mars 2017]

 



 

 

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